Par Michael (Mike) Martini, directeur du programme foresterie urbaine et communautaire SFI aux États-Unis.
Depuis des décennies, les spécialistes de la foresterie urbaine urbains jouent un rôle essentiel dans l’optimisation des bienfaits économiques, environnementaux et sociaux offerts par les arbres et les espaces verts des villes. Cependant, ce travail est devenu encore plus visible et urgent ces dernières années dans le contexte de la crise climatique et des préoccupations en matière de justice environnementale aux États-Unis et ailleurs.

Avec l’adoption récente de la loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) par le Congrès américain, laquelle attribue 1,5 milliard de dollars aux projets de forêts urbaines, ce secteur d’activité jouit maintenant d’une occasion sans précédent de renforcer son importance à l’échelle nationale. Au moment où les administrations municipales investissent stratégiquement dans la plantation, l’entretien et la répartition équitable du couvert végétal, les forestiers urbains doivent profiter de l’occasion pour démontrer des impacts tangibles sur des paramètres tels que l’emploi, l’engagement communautaire, la santé publique et l’atténuation des changements climatiques, ouvrant ainsi la voie à des investissements continus dans ce dossier névralgique.

Mes débuts

Lorsque je suis entré à l’université, je n’avais aucune idée que la foresterie urbaine deviendrait la passion de ma vie professionnelle. J’ai commencé par des études en génie et j’ai suivi quelques autres spécialisations comme les sciences de l’environnement et l’écologie, sachant que je voulais travailler à l’extérieur et avec les gens, mais sans être tout à fait certain de ce qui me conviendrait le mieux. C’est alors que j’ai rencontré le professeur Jason Grabosky, PhD., qui lançait le nouveau programme de foresterie urbaine de l’université Rutgers. Il m’a ouvert les yeux sur les liens étroits entre les arbres, les citoyens et les communautés qui caractérisent ce domaine. J’ai été enchanté par les différentes possibilités de carrière qu’il m’a présentées, de l’arboriculture aux inventaires forestiers en passant par la gestion des serres.

Bien des années plus tard, je constate que cette orientation vers la foresterie urbaine m’a permis d’entreprendre une carrière extrêmement gratifiante. La foresterie urbaine m’a permis de travailler au grand air tout en ayant un impact positif tangible. Et maintenant, en tant que directeur du programme de foresterie urbaine et communautaire pour les États-Unis à la SFI, je suis animé par la conviction que la résolution des problèmes liés à la foresterie urbaine passe obligatoirement par la collaboration entre les communautés, les spécialistes des disciplines concernées et les autorités régionales.

Forêts urbaines – là où les arbres, les citoyens et les communautés se rejoignent

L’une des idées fausses que j’entends souvent est la perception selon laquelle « les arbres, ce n’est pas une affaire de politique. » Au contraire, je suis d’avis que les arbres figurent parmi les plus importants instruments de changement et de progrès dans nos espaces publics et nos discussions dans l’arène publique, ce qui est très politique. Tout le monde a une opinion bien arrêtée sur les arbres, qu’il s’agisse de se demander pourquoi tel arbre a été planté à tel endroit, de plaider pour plus d’arbres dans sa rue ou de s’opposer avec véhémence à l’abattage programmé d’un arbre. En outre, à l’instar des arbres, bon nombre des grands défis actuels – changements climatiques, perte de biodiversité, pollution – sont des enjeux mondiaux qui transcendent toutes les divisions artificielles que nous avons créées en tant qu’êtres humains. Ces enjeux ne peuvent être traités efficacement dans les limites d’une seule ville, d’un seul État ou d’un seul pays.

Ainsi, mon parcours en foresterie urbaine n’était donc pas uniquement axé sur les arbres, mais aussi sur les citoyens et leurs communautés. Les arbres ne reconnaissent pas les frontières que nous créons, c’est pourquoi notre approche de gestion des forêts urbaines doit être axée sur les liens, les « connexions ». À la base, la foresterie urbaine doit être centrée sur les rapports entre les arbres et les collectivités, les intendants passés et futurs, et l’environnement. J’ai la chance de jouer un rôle dans l’entretien et le renforcement quotidien de ces rapports. C’est un travail très gratifiant qui met chaque jour à profit mes intérêts pour le plein air, le travail communautaire et la création d’un patrimoine vert durable et résilient pour les générations à venir.

À la SFI, j’ai pour mandat d’inspirer cette nouvelle génération de chefs de file de la collaboration forestière qui sauront travailler ensemble entre départements, villes et régions à travers les États-Unis. J’imagine un proche avenir où les municipalités développent leurs propres plans d’aménagement et de gestion des forêts urbaines, pour ensuite se réunir avec les autorités voisines pour élaborer des plans intégrés à l’échelle régionale. Et la nouvelle Norme SFI de durabilité des forêts urbaines et communautaires de la SFI offre un vocabulaire, des orientations et des objectifs communs qui faciliteront cette collaboration transfrontalière.

Trop souvent, les spécialistes de la foresterie urbaine et communautaire travaillent en parallèle, utilisant le même vocabulaire technique, mais attribuant par inadvertance des significations différentes aux mêmes termes clés. La norme SFI nous offre une nouvelle occasion de nous mettre d’accord sur le plan terminologique tout en développant des compétences plus approfondies en matière d’intelligence émotionnelle. Nous parlons en connaissance de cause des ordonnances sur les arbres et des processus de délivrance des permis, mais nous ne comprenons pas comment ces politiques et protocoles bien intentionnés peuvent susciter l’appréhension, l’aliénation et l’opposition de la part de ceux-là mêmes que nous cherchons à servir.

Nous devons nous engager profondément auprès des communautés elles-mêmes, rencontrer les gens là où ils sont. Mon approche consiste à avoir des conversations ouvertes, en écoutant d’abord les préoccupations réelles des gens avant même d’évoquer la question des arbres.

Vous vous inquiétez des coûts d’entretien et des responsabilités? Vous craignez de ne plus avoir accès à une quantité d’eau suffisante pour les nouvelles plantations? Êtes-vous profondément méfiants à la suite d’expériences négatives avec des initiatives de la ville? Nous devons comprendre et aborder ces questions fondamentales avant de pouvoir progresser. Une fois la confiance établie, nous pouvons étudier la manière dont le verdissement urbain s’aligne sur les priorités des habitants pour leur quartier.

C’est la raison pour laquelle les partenariats avec des organisations à but non lucratif telles que la Fondation Arbor Day sont si importants : ils permettent d’établir ces liens communautaires de manière authentique au fil des ans, et pas seulement lors de réunions ponctuelles. Lorsque nous abordons la question de la gestion des forêts urbaines, nous avons établi une relation de confiance et une compréhension de ce qui est important pour le quartier. Parallèlement, des groupes comme la Urban and Community Forestry Society peuvent doter les forestiers urbains professionnels de compétences leur permettant de communiquer efficacement avec le public, les politiciens, les architectes paysagistes et autres intervenants.

Un autre axe de mon travail est la promotion d’une solide cadre d’éducation forestière et de parcours professionnels issus de divers milieux dans le secteur des forêts urbaines, avec du matériel didactique et des programmes fournis avec le soutien de Project Learning Tree (PLT) et Apprendre par les arbres Canada (APLA), une initiative éducative primée de la SFI.

Les données d’une enquête sur l’identité des membres de l’International Society of Arboriculture (ISA) montrent que le forestier urbain typique vieillit et approche de la retraite. Parmi les membres de l’ISA interrogés, 80 % étaient des hommes et 75 % étaient âgés de 35 ans ou plus, avec une légère tendance vers la tranche d’âge 50-59 ans pour les forestiers urbains en particulier. Pour remédier à cette pénurie imminente de main-d’œuvre, il est nécessaire d’attirer des professionnels plus jeunes, issus de milieux et d’expériences divers, capables de mieux comprendre et de répondre aux besoins et aux priorités uniques des différentes communautés. Cela pourrait impliquer la création de nouvelles possibilités d’apprentissage, de micro-crédits, d’ateliers de rédaction de CV et d’autres initiatives de soutien pour réduire les barrières à l’entrée dans le parcours de carrière en foresterie urbaine.

Vision d’avenir 

J’espère que dans cinq ans, nous aurons facilité l’émergence de réseaux régionaux interconnectés de villes collaborant activement sur des projets et des initiatives de portée régionale, tout en utilisant le langage commun et le cadre d’orientation fourni par la norme SFI. J’imagine des « ambassadeurs » de la foresterie urbaine certifiée qui ont guidé avec succès leurs propres communautés tout au long du processus et qui consacrent désormais du temps à encadrer et à soutenir les municipalités voisines dans leurs propres démarches de certification.

Je rêve d’une évolution de l’ensemble du secteur qui nous permettrait de comprendre que notre travail transcende fondamentalement tout cloisonnement professionnel – la foresterie urbaine et communautaire est intrinsèquement pluridisciplinaire et s’inspire de domaines aussi divers que la santé publique, le développement communautaire, l’écologie et la justice sociale – et aussi de comprendre que nous ne sommes pas seulement au service des arbres, mais aussi de communautés entières de personnes, et ce, pour des générations à venir.

J’imagine un avenir où des plans de gestion des forêts urbaines rigoureux sont élaborés et financés conjointement à l’échelle régionale par des administrations municipales voisines travaillant de concert. Un avenir où nous développons de manière proactive des programmes de coopération et des accords de partage des ressources afin de déployer notre financement et notre personnel limités de la manière la plus efficace possible vers des priorités d’intérêt commun.

Mais surtout, j’imagine un avenir où la foresterie urbaine sera durablement ancrée dans des relations authentiques et un service désintéressé aux communautés. Un avenir où nous incarnerons pleinement l’esprit qui a poussé nombre d’entre nous à travailler dans ce secteur dès le départ; une profonde appréciation du pouvoir rassembleur des arbres, qui permet de réunir les gens, d’embellir et d’améliorer les quartiers, et d’entretenir les liens entre les sociétés humaines et les écosystèmes naturels dont nous dépendons tous.

La norme de durabilité des forêts urbaines et communautaires de la SFI nous fournit un outil puissant pour faire de cette vision une réalité avec les ressources de PLT-APLA en matière d’éducation à l’environnement, cadre d’éducation forestière et de parcours professionnels. Mais le véritable travail, comme toujours, consistera pour chacun d’entre nous à se libérer des tendances insulaires et à adopter une approche radicalement collaborative, communautaire et interdisciplinaire pour l’aménagement et l’entretien des forêts urbaines. Si nous parvenons à incarner cet esprit de partenariat au cours des prochaines années, l’avenir des forêts urbaines sera radieux.

Pour en savoir plus, consultez le site et téléchargez la norme de durabilité des forêts urbaines et communautaires de la SFI en français, en anglais ou en espagnol.

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