
Lizzie Mafrici, coordonnatrice principale des communications à la SFI, s’est entretenue avec la scientifique en chef de la SFI, Healy Hamilton, Ph. D., avant son départ pour la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (COP17 de la CDB) à Erevan, en Arménie.
Elles ont discuté de l’importance de la biodiversité, du rôle de la certification forestière et de la manière dont les cadres de durabilité s’harmonisent avec les systèmes de certification forestier et le secteur forestier dans l’ensemble.
Pourquoi les entreprises s’engagent-elles de plus en plus dans les discussions sur la biodiversité, d’après vous?
Healy : Nous constatons un intérêt croissant pour la biodiversité dans de nombreux secteurs, suscité non seulement par les clients qui recherchent des garanties de durabilité, mais aussi par les investisseurs, les banques et les créanciers qui cherchent à comprendre et à gérer les risques liés à la nature qui pèsent sur leurs investissements.
Les phénomènes naturels ont une incidence marquée sur la productivité forestière, et nos investissements sont axés sur le long terme. De nombreuses organisations certifiées SFI, en particulier celles qui sont cotées en bourse, reçoivent beaucoup de questions de la part des investisseurs concernant l’état et les tendances de la biodiversité sur les terres forestières certifiées qu’elles gèrent.
Par conséquent, les entreprises s’efforcent de plus en plus de mesurer et de divulguer leurs impacts et leurs dépendances vis-à-vis du milieu naturel, afin que les investisseurs puissent prendre des décisions éclairées concernant les risques et les occasions liés à la biodiversité.
En parcourant les rapports annuels sur le développement durable des organisations certifiées SFI, cela est bien évident. Bon nombre d’entre elles se tournent vers des cadres de développement durable pour communiquer leurs objectifs en matière de développement durable et de biodiversité à leurs clients, à leurs employés et à leurs investisseurs. Pouvez-vous me présenter certains de ces cadres et les types d’informations qu’ils exigent?
Healy : Il existe toute un grand nombre de cadres qui ont vu le jour pour rendre compte des informations financières liées à la nature, tels que le Groupe de travail sur les informations financières liées à la nature (TNFD – Task Force on Nature-Related Financial Disclosures), l’Initiative des objectifs fondés sur la science (SBTI – Science Based Targets Initiative) et l’Initiative « Positif pour la nature » (NPI – Nature Positive Initiative).
Bon nombre des indicateurs clés de ces cadres sont facilement quantifiables, comme l’utilisation de produits chimiques, les polluants et l’utilisation des ressources en eau. Il est toutefois beaucoup plus difficile de mesurer l’état écologique et les tendances des espèces et des écosystèmes, alors que ces éléments sont au cœur même des préoccupations des investisseurs. C’est d’ailleurs le déclin de ces indicateurs qui a sonné l’alarme au départ.
Grâce au leadership de la NPI, tous ces cadres convergent vers un ensemble similaire d’indicateurs de l’état de la nature, et nous prévoyons que de nombreuses organisations certifiées SFI s’efforceront de comptabiliser ces indicateurs. Ceux-ci comprennent des renseignements sur le risque d’extinction des espèces, l’état écologique du paysage et l’état écologique de sites particuliers – autant d’indicateurs qui sont également liés aux objectifs de conservation qui font partie intégrante de la certification SFI.
Cela doit être un véritable défi de mesurer et de rendre compte d’un sujet aussi vaste que les espèces et les écosystèmes?
Healy : L’élaboration de méthodes de mesure et de rapport sur la biodiversité pose de nombreux défis. Quelles espèces mesure-t-on? Comment détermine-t-on ce qui est « bon » pour l’état d’un écosystème? Où trouve-t-on les données nécessaires?
La question des données est particulièrement épineuse : les données sur la biodiversité sont incomplètes, difficiles d’accès, nuancées, et leur analyse nécessite une expertise particulière.
La SFI s’efforce d’aider les organisations certifiées à s’y retrouver dans ce processus. Nous avons récemment lancé un outil d’évaluation de la concordance des cadres de durabilité qui établit un lien entre les objectifs, les indicateurs et les exigences spécifiques de SFI et les éléments correspondants dans plusieurs cadres, démontrant ainsi de quelle manière les exigences des normes SFI s’alignent sur ces cadres.
Un autre exemple est l’outil de visualisation des valeurs de conservation SFI (SFI Conservation Values Viewer), qui sera bientôt lancé et qui permettra aux organisations certifiées d’évaluer facilement la présence ou l’absence d’un ensemble de valeurs de conservation à l’échelle des parcelles et des paysages. L’équipe SIG de SFI a collaboré avec NatureServe, chef de file en sciences de la biodiversité – la source d’information sur la biodiversité la plus complète et la plus fiable en Amérique du Nord – dans le but de sélectionner et de visualiser un ensemble d’indicateurs pertinents pour les normes SFI et les indicateurs d’état de la nature.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur les indicateurs « état de la nature » ?
Healy : Ces indicateurs constituent à la fois l’essentiel de ce qu’il faut pour comprendre les répercussions des activités commerciales sur le milieu naturel, et ce sont les plus difficiles à mesurer. Ce n’est pas comme les déclarations sur les émissions carbone. Nous savons comment mesurer notre empreinte carbone. Mais comment mesure-t-on l’état de la nature?
La nature englobe les espèces, les populations, la diversité génétique et l’intégrité écologique globale des écosystèmes. C’est compliqué!
Au cours des dernières années, l’initiative Nature Positive (NPI) a mené un effort collaboratif et fondé sur la science afin de déterminer quels types d’indicateurs sont pertinents et réalisables. Plus tôt cette année, le TNFD, la GRI et la SBTI ont annoncé qu’ils adopteraient les indicateurs de la NPI. Et cette conférence verra la publication des indicateurs définitifs, qui porteront sur la mesure du risque d’extinction des espèces, de l’état et de l’étendue des écosystèmes, tant à l’échelle des sites que des paysages.
As organizations work to meet these evolving expectations around biodiversity reporting, where does forest certification fit into the picture?
Healy : La Norme d’approvisionnement en fibre SFI 2022 et la Norme d’aménagement forestier SFI 2022 comprennent toutes deux de nombreux objectifs axés sur la conservation de la biodiversité. Nous disposons de mesures de rendement et d’indicateurs qui portent sur les espèces et les écosystèmes à l’échelle des sites et des paysages, s’alignant étroitement sur bon nombre des indicateurs inclus dans les cadres de rapport sur la nature.
Pour les investisseurs et les clients, la certification SFI offre déjà bon nombre des garanties relatives à la nature qu’ils recherchent. Pour les organisations certifiées SFI, cette convergence signifie qu’elles sont bien placées pour se conformer aux cadres de divulgation liés à la nature, car la certification SFI constitue une base solide pour ces garanties.
Nous avons discuté des moyens par lesquels la certification SFI aide les organisations à gérer la biodiversité et à s’adapter à l’évolution des cadres de divulgation. D’un point de vue plus général, comment les forêts certifiées SFI peuvent-elles contribuer aux objectifs mondiaux en matière de biodiversité?
Healy : Au cours des dernières décennies, la certification forestière a entraîné des améliorations mesurables des pratiques d’aménagement forestier, notamment en ce qui concerne tous les apports forestiers : non seulement pour le bois d’œuvre et les produits de pâte et de papier, mais aussi pour la protection des ressources en eau, la conservation de la biodiversité, la gestion du carbone et les avantages sociaux que procurent les forêts.
Si l’on considère ensuite l’ampleur de l’adoption de la certification SFI, on commence à saisir l’importance de notre impact mondial : on compte désormais plus de 350 millions d’acres (150 millions d’hectares) de terres forestières certifiées SFI aux États-Unis et au Canada.
Les forêts en exploitation constituent un habitat pour la biodiversité, séquestrent le carbone, préservent la santé des écosystèmes aquatiques, assurent la connectivité des paysages, offrent des avantages sociaux, récréatifs et de santé publique – et contribuent à prévenir la déforestation.
Pourquoi la COP17 de la CDB représente-t-elle un moment si important pour la conservation de la biodiversité?
Healy : En 2022, tous les pays signataires de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique ont signé un engagement appelé le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, visant à atteindre une série d’objectifs de conservation d’ici 2030.
La COP17 de la CDB constitue le premier bilan mondial des progrès réalisés par les pays, tant individuellement que collectivement, dans la poursuite de ces objectifs
Nous devons disposer d’informations sur les cibles que nous sommes en voie d’atteindre, et celles pour lesquelles nous sommes en retard, afin de comprendre comment redoubler d’efforts dans le temps qui reste d’ici à 2030.
Qu’il s’agisse de réduire les menaces pesant sur la biodiversité, de promouvoir une utilisation plus durable des ressources ou de fournir des outils et des solutions pour intégrer la conservation de la biodiversité dans la prise de décision, les organisations certifiées par SFI contribuent chaque jour à la réalisation des objectifs et des cibles du Cadre mondial pour la biodiversité.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la présence de SFI à la Convention et sur les événements auxquels vous participerez?
Healy : La SFI sera très active lors de cette COP! Un événement qui m’enthousiasme particulièrement réunira les dirigeants de tous les principaux systèmes mondiaux de certification forestière. La SFI s’est associé au Programme de reconnaissance des certifications forestières (PEFC), au Forest Stewardship Council (FSC) et à la Coalition internationale pour la foresterie durable (ISFC) pour organiser un événement mettant en avant la pertinence de la certification forestière dans les cadres de divulgation liés à la nature. C’est un moment marquant de nous retrouver tous ensemble sur scène pour souligner les avantages collectifs de la certification.
Je suis également très fière de représenter Project Learning Tree (Apprendre par les arbres, au Canada), en partenariat avec Esri, chef de file mondial des logiciels de cartographie, pour présenter « Forests, Water, and People ». Esri a développé « Forests to Faucets » pour le Service forestier des États-Unis, en utilisant la modélisation géospatiale pour identifier les bassins versants importants pour l’eau potable de surface. PLT s’est appuyé sur ce travail pour développer une ressource interactive d’éducation environnementale qui aide les gens à mieux comprendre le rôle que jouent les forêts dans la collecte, la purification et l’approvisionnement en eau.
Ce ne sont là que deux des cinq événements auxquels SFI participe dans le cadre de la COP17 de la CDB. Surveillez la page LinkedIn de la SFI pour découvrir d’autres façons d’entrer en contact avec nous tout au long de la conférence.